Duo de claviers buissonniers

Duo de claviers buissonniers

Souvenirs d'un concert à venir le 23 août, à Ergué-Gabéric

Un concert inoubliable


– Il est beau, cet orgue, hein, Papi ?
– Il est magnifique, mais il est plus que cela : il est merveilleux ! C'est une porte d'entrée vers le XVIIe siècle, une ligne de communication directe avec lui.
– Comment ça ?
Eh bien tu vois, l'orgue d'Ergué-Gabéric a été construit par un certain Thomas Dallam, en 1680, et depuis il n'a presque pas été transformé. Bon, 1680, c'est la fin du siècle, mais il est quand même particulièrement adapté à la musique des virginalistes, qui ont écrit, eux, entre... 1580 et 1640, disons.
– Les végétalistes, tu dis ?
– Vir-gi-na-listes ! Je suis en train de te parler de compositeurs, pas de compost ! Thomas, dont je te parlais, est arrivé de Grande-Bretagne en (petite) Bretagne avec son père, le grand facteur Robert Dallam, en 1642, à l'âge de 12 ans... Pile ton âge, tiens ! 1642, ça te dit quelque chose ? Vous avez étudié ça, à l'école ?
– Hmm, bien sûr, Papi, mais redis-moi quand même.
– 1642, c'est le début de la guerre civile en Angleterre. Elle va conduire à la décapitation de Charles Ier et à la proclamation de la République puritaine de Cromwell – République qui n'aimera pas la musique.
– Et donc pas les orgues...
– Surtout pas les orgues ! Robert Dallam est notamment l'auteur, en France, du grand orgue de la cathédrale de Quimper, ainsi que de l'orgue de Lanvellec, qu'il avait construit à l'origine pour l'église de Plestin-les-Grèves. À la Restauration, Robert est retourné en Angleterre, contrairement à Thomas qui, lui, est resté ''chez nous''.
– (Il chuchote) Il a habité à la maison !?
Mais non, ballot, quand je dis « chez nous », je veux dire : en Bretagne ! La tombe de Robert, elle, se trouve de l'autre côté de la Manche, dans un collège d'Oxford, New College pour être précis. Sous le pavement du cloître, pour être encore plus précis.
– Mais alors, tout le monde lui marche dessus !
– Oh, ça lui fait de la compagnie... Tu sais, j'ai assisté à un concert, dans cette église d'Ergué, il y a plus de quarante ans. Un concert d'orgue, bien sûr, mais de clavecin, aussi.
– Ah oui, le clavecin, l'ancêtre du piano ?
– Ce n'est pas exactement ça. Pas plus que l'orang-outan n'est l'ancêtre de l'homme. Disons qu'il y a des ancêtres communs, c'est un peu différent. Ils étaient deux... les musiciens, pas les ancêtres ! Avec un drôle de nom : Dr Buxte & Mr Hude. Tiens, je crois que je me souviens de chaque pièce du programme. Ça a commencé par la Fantasia Crommatica de Jan Pieterszoon Sweelinck. Ah, elle fait froid dans le dos, celle-là. Déjà, à cause de son passus duriusculus consubstantiel qui...
– Tu parles bien, Papi, mais je comprends pas tout.
– Je veux dire que la Fantaisie en question de Sweelinck est construite complètement sur une gamme chromatique descendante, toutes les notes du clavier, une par une, noires ou blanches, dans l'ordre où elles se présentent. Il faudrait que je te montre.
– Ça devait être impressionnant ?
– Ah, ça oui ! Avec cette œuvre, on a le sentiment d'une progression inéluctable, implacable même. Il y a par exemple, à un certain moment, une espèce de rafale de vent, ou de neige, tout à fait inattendue et génialement inexplicable. Ou encore, à un autre moment, un enchaînement d'accords assez irrationnel. Parrhesia ou pathopoia...? Ah oui, excuse-moi ! Après cette fantaisie, il y a eu une autre œuvre de Sweelinck, le Praeludium Toccata...
– Dis, Papi, tu te souviens de tous les concerts auxquels tu as assisté, comme ça ?
– Hmm, non, celui-là, c'est spécial, c'est là que j'ai pris la main de Mamie, pour la première fois. On était venu faire un stage d'orgue, ça s'appelait comment déjà... l'Académie d'Orgues en Cornouaille, oui, c'est ça ! C'est là qu'on s'est rencontrés, ta grand-mère et moi.
– Ah ben dis donc ! Mais tu me parlais d'un prélude... comment déjà ?
– Prélude toccata. Il combine toutes les caractéristiques d'un prélude, en particulier il possède une dimension didactique indéniable. Je veux dire : il est vraiment conçu pour qu'on puisse apprendre.
– Apprendre à jouer ?
– Oui, mais en même temps apprendre à inventer de la musique, à en improviser, à en écrire. C'est pour ça que ça ressemble un peu à des exercices, parfois. Seule la première page utilise le contrepoint plutôt rigoureux qui émaillent les toccatas italiennes de l'époque... Bon, oui, je sais, c'est encore un peu compliqué. Je continue quand même : passée la première page, donc, adieu le contrepoint, et vive la ''liberté'' !
– Prélude et toccata, c'est la même chose, alors ?
– Pas forcément, justement. Une toccata, en général c'est plus long, plus difficile aussi. Un bon exemple, ça serait les préludes pour clavecin de Louis Couperin. Couperin s'est beaucoup inspiré des toccatas de Froberger, qui lui-même s'est inspiré de celles de Frescobaldi. Eh bien, les préludes de Couperin, les plus longs en tout cas, on pourrait les appeler des « préludes toccatas ». Mais ils servent bien à introduire la musique qui vient après, ce sont donc bien des préludes. Concernant celui de Sweelinck, c'est plus douteux.
– Et après, qu'est-ce qu'il y avait au concert ?
– Deux charmantes petites pièces, écrites par John Bull, et qu'il a offertes au Duc et à la Duchesse de Brunswick, l'Alman à Monsieur, et le Toy à Madame. Alman, c'est une allemande, c'est le nom d'une danse, d'un tempo modéré, et Toy, tu vas rire, ça veut dire « jouet ».
– « Tiens, chéri, John m'a offert un joujou, et toi, qu'est-ce que tu as reçu ? Quoi, une allemande, oh comme c'est aimable de sa part ! » Non, vraiment, je me demande s'il était bien sérieux, ton Bull.
– Oh, tout à fait sérieux, d'ailleurs il était docteur. Pas docteur en médecine : docteur en musique. Et je crois qu'il se prenait très au sérieux, parce qu'il signait toujours : « Doctor Bull ».
– Et il disait à ses élèves : « Vous me jouerez ce morceau trois fois par jour, au milieu de chaque repas » ?
Ah ! Ah ! Le morceau suivant, au programme, était encore une ordonnance du docteur Bull. The King's Hunt, ça s'appelait, ça veut dire « La Chasse royale ». Une ordonnance royale, tiens ! Je me souviens qu'au concert, l'organiste l'avait jouée un peu moins vite que ce qu'on entend habituellement – d'ailleurs en général c'est au clavecin qu'on l'entend. L'interprète a dit que c'était pour rendre le caractère royal, il a dit des choses sur la chasse à courre, que c'était un privilège royal et, comment disait-il déjà, que « un peu de sprezzatura ne messied pas à cette pièce »... Sprezzatura, c'est bien le terme qu'il a employé, ça veut dire : avec un air dégagé, une certaine désinvolture... presque de la morgue. Taratata tout ça ! Moi je crois qu'il n'était pas capable de la jouer plus vite, cette pièce, c'est tout !
– J'ai étudié une fable de La Fontaine qui dit un peu la même chose, je crois. C'est un renard qui n'arrive pas à attraper des grains de raisin, alors il dit qu'ils sont tout verts et bons que pour les goujats.
Hmm, possible... Le compositeur d'après, Giles Farnaby, c'est très différent. Lui, c'était un compositeur amateur, son métier c'était de fabriquer des clavecins. Touchant, non ? Ses œuvres sont souvent très originales ; par exemple, il est l'auteur d'une pavane miniaturisée qui ne fait que quelques mesures, ou encore de la première pièce connue pour deux clavecins, ou encore... Enfin il a fait beaucoup d'expériences. Ainsi, Loth to Depart contient des enchaînements d'accords assez déroutants. Ceci dit, pour relativiser cette... singularité de Farnaby, il faut bien reconnaître que l'on pourrait difficilement taxer ses petits copains musiciens de conservatisme.
– Bon, et après ?
– Le Psaume 140 de Sweelinck. Sweelinck a écrit là des variations sur le 140e psaume du Psautier de Genève sur des vers de Théodore de Bèze. Les interprètes avaient mis cette pièce au milieu de leur programme, parce que le Psautier complet a été édité en 1562 pour la première fois, et que cette année-là Sweelinck est né et peut-être Bull aussi, et que le concert leur rendait hommage, 450 ans après. Après, il y a eu une pièce de Peter Philips. Celui-là, ça été sans nul doute le moins anglais des virginalistes. D'ailleurs, il a émigré très tôt sur le continent. Les composantes italiennes sont plus présentes dans sa musique que dans celle de ses collègues insulaires. Ainsi, Philips a mis en tablature de clavier plus de madrigaux célèbres que quiconque à l'époque, enfin je crois, en tout cas ce type de pièces occupe une place prépondérante dans son œuvre pour clavier, par ailleurs peu abondante. Amarilli en est un bon exemple. Au départ, c'est un air tiré d'un opéra de Caccini, très très célèbre.
– Je ne veux pas te presser, Papi, mais Mamie nous attend, tu sais. Et puis c'est parfois compliqué, ce que tu dis.
– Bon, je me dépêche. Après, on a entendu une jolie petite pièce de Martin Peerson. La pièce s'intitulait The Fall of the Leafe, ça veut dire La chute de la feuille. On pourrait penser qu'il s'agit d'une pièce mélancolique, mais pas du tout. C'est plutôt amusant, en fait. Et encore après, on a eu une œuvre étonnamment chromatique, une sorte d'avatar de la pavane Lachrimae de Dowland, mais avec une dimension spirituelle, voire religieuse, qu'il n'y a pas dans les ''vraies'' Lachrimae...
– Tu ne m'as pas dit de qui était cette pièce.
Orlando Gibbons. Un compositeur plus introverti que ses camarades... Peut-être parce que lui était protestant, contrairement à la plupart des autres, peut-être que c'était lié en tout cas. Gibbons a une écriture naturellement contrapuntique mais, en même temps, une sensibilité, disons, pré-baroque. D'ailleurs il est plus jeune que les autres. Bull aurait pu être son père, Sweelinck aussi donc...
Et le nom de la pièce ?
Pavana ; souvent on l'appelle la Pavane de Lord Salisbury. Pour finir le concert, il y a eu la Fantaisie sur une Fugue de Sweelinck, écrite par Bull quinze jours après la mort de l'Orphée d'Amsterdam, comme on appelait Sweelinck. Quinze jours, on le sait, parce que la date de composition est marquée sur le manuscrit.
– Quinze jours, il en a mis du temps !
Au contraire, il a déjà fallu que la nouvelle lui parvienne. Ceci dit, il n'était pas très loin d'Amsterdam puisqu'il avait quitté l'Angleterre pour Anvers quelques années auparavant, sinon il aurait fallu beaucoup plus que quinze jours.
C'est une sorte d'hommage, alors, cette pièce ?
– Mais oui, bien vu. Cette façon de tirer son chapeau à un ami et collègue qui tire, lui, sa révérence a toujours été une pratique courante chez les compositeurs. Cela nous a valu en France, par exemple, de nombreux Tombeaux – il y en a un de d'Anglebert, par exemple, qui rend hommage à son maître Chambonnières. Maintenant, pour revenir à notre concert, la ''fugue'' dont s'inspire Bull n'a pas été retrouvée. Ce que l'on peut dire, en revanche, c'est que son chromatisme ascendant est le renversement de celui descendant qui caractérise la Fantasia Crommatica... 
– Ascendant, c'est parce qu'il monte au paradis ?
Eh, pourquoi pas ? Bravo ! Ah, j'oubliais, en fait il y avait encore une pièce au programme, un In Nomine de Bull. L'in nomine, c'est typiquement anglais, au même titre que le horn-pipe ou le gigot à la menthe poivrée... Chaque in nomine fait entendre un cantus firmus emprunté au Benedictus d'une messe de John Taverner, datant de 1530 environ. Tradition et innovation se mêlent ainsi dans la pratique musicale des compositeurs de ces temps anciens où, ah ! l'Angleterre avait du génie – ne répète pas ce que je viens de dire à Mamie, tu sais qu'elle est d'origine anglaise, elle est persuadée que l'Angleterre n'a jamais cessé de dominer le monde musical, le monde tout court, d'ailleurs. 
À propos, il y a quelque chose que tu ne m'as pas dit, Papi ! 
Qu'est-ce donc ? 
Il était bien ce concert ? Je veux dire : ils ont bien joué, les musiciens ? 
Oh, divinement ! si tu savais...

Prochaine apparition de Dr Buxte & Mr Hude


8e Académie Internationale de Musique en Cornouaille

19 – 25 août 2012


CONCERT


Ergué-Gabéric, église Saint-Guinal
Jeudi 23 août, 21h




« M. Swelling & Doctor Bull »

par

Dr Buxte & Mr Hude
Pascal TUFFÉRY, clavecin et orgue
Pierre-Henri ESNAULT, orgue et clavecin





Fantasia Crommatica A. 4. Johan Pietersen SWellinck


Praeludium Toccata. Jehan Pieterson Swellinck

The Duke of Brunswick's Alman. Doctor Bull

The Duchesse of Brunswick's Toye. Doctor Bull

The King's Hunt. Doctor Bull

Loth to Depart. Giles Farnaby


Psalme. Jehan Pietersō Swelling

Amarilli di Julio Romano. Peter Philips 1603

The Fall of the Leafe. Martin Peerson


Pavana. Orlando Gibbons

Fantazia op de Fuga van M: Jan Pieters:
fecit Dr. Bull 1621 15. Decemb.

In Nomine. Doctor Bull


Programme du concert de Monthault le 4 février 2012, dans le cadre des Flambées Musicales de Fougères

J'étais un peu fébrile, je l'avoue. Je n'étais pas un débutant en matière d'interview mais, tels que l'on me les avaient décrits, le Docteur Buxte et son acolyte Mister Hude me semblaient hommes à vous faire perdre le fil de vos questions et à vous en donner à retordre en échange.

Je les trouvai très absorbés par les préparatifs de leur concert. A l'aide d'une grosse loupe, ils n'en finissaient pas d'examiner avec une attention infinie une très ancienne partition manuscrite. Néanmoins, ils se disposèrent de bonne grâce à accueillir mes questions.


(Intervieweur) Vous commencez ce programme en jouant la Bergamasca de Frescobaldi.

(Dr Buxte) Rien ne vous échappe, répondit le bon Docteur, en clignant de l'œil. Cette pièce, on la trouve à la fin du recueil que Frescobaldi a fait paraître en 1635, les Fiori Musicali. Frescobaldi était un compositeur contemporain de Monteverdi et, quoique moins connu que lui...

(Mr Hude) Et pour cause, il n'a jamais écrit d'opéra !

(Dr) ...il a eu clairement une aussi grande importance dans l'évolution de la musique. Sans lui, la musique baroque, celle de Louis Couperin, de Froberger, jusqu'à celle de Bach, n'aurait pas été ce qu'elle a été. On sent d'ailleurs cette influence dans La Capricciosa, écrite pourtant plusieurs décennies après la mort de Frescobaldi et bien loin de Rome.

(I) Cette Capricciosa qui est considérée comme l'un des deux chefs-d'oeuvre pour clavier de Buxtehude, l'autre étant son Praeludium en sol mineur dit ''manualiter'', plus souvent joué à l'orgue. La Capricciosa, elle, est indubitablement destinée au clavecin, comme ses autres séries de variations...

(Mr) Alors là, excusez-moi, mais je vous arrête tout de suite. La Capricciosa n'est pas vraiment une série de variations, un ''thème et variations'', du moins pas dans le sens où on l'entend à partir du XVIIIe siècle.

(I) Euh, pourtant, on la range parmi les ''variations'' de Buxtehude...

(Mr, avec un haussement d'épaules) Il s'agit plus d'une série d'élaborations sur la même basse que d'un thème et variations. Malgré la variété d'écriture, on y entend une homogénéité disons ''baroque'' à laquelle des compositeurs comme Carl Philipp Emanuel Bach ou Mozart, par exemple, tournent le dos. Prenez les Variations sur ''Ah ! vous dirai-je, maman'' de Mozart : il y a là une grande théâtralité, comme un personnage différent campé à chaque variation, ou une nouvelle scène à chaque fois.

(I) Vous parliez de Bach tout à l'heure. On dit qu'il s'est inspiré de La Capricciosa pour ses Variations Goldberg.

(Dr) Oui, comme à son habitude Bach est parti d'une grande œuvre, une œuvre qui faisait déjà un peu office de modèle dans son genre, pour pousser le bouchon encore un peu plus loin, si j'ose dire.

(Mr) Ceci dit, il est parfaitement permis de préférer La Capricciosa aux Variations Goldberg, malgré la richesse de ces dernières. Moi je ne m'en prive pas, je ne vous le cache pas. Il y a dans l'œuvre de Buxtehude, dans toute son œuvre d'ailleurs, une espèce d'euphorie, d'euphonie, d'extase ! Si la chose n'était pas absurdement décalée, j'évoquerais volontiers la notion de chamanisme à propos de La Capricciosa, il y a en tout cas une espèce de giration irrésistible. N'oublions pas que Buxtehude avait écrit un cycle sur les planètes, dont nous ne savons rien puisque cette œuvre a été perdue.

(Dr) Peut-être qu'un jour on la redécouvrira insérée dans les feuillets jaunis d'un vieux livre de cuisine au fin fond d'une bibliothèque autrichienne. La chose s'est déjà rencontrée !

(I) Vous avez parlé tout à l'heure d'une basse sous-jacente à toute l'œuvre.

(Dr) La bergamasque, ah oui, ça c'est important. Il s'agit d'une progression harmonique qui utilise les trois accords de base de la musique tonale, la tonique, la sous-dominante, la dominante, puis à nouveau la tonique, cela deux fois de suite. Un peu compliqué peut-être me direz-vous. Mais ces notions, n'importe quel élève, dans une école de musique, commence à les maîtriser au bout de quelques années, tout au plus.

(Mr) Oui, et puis surtout, bien des musiciens sont des messieurs Jourdain qui pratiquent la prose bergamasque sans le savoir. Tenez : prenez un jazzman qui joue un blues ou un boogie. Tous les boogies reposent sur ces trois mêmes accords, simplement ils sont dans un ordre un peu différent.

(I) Ah ! Je commence à comprendre la présence de la Famille Addams dans votre programme.

(Dr) En effet, cette musique sympathique, que beaucoup de gens connaissent, aligne exactement les mêmes accords, la même grille harmonique pour parler comme notre jazzman, que La Capricciosa. Vaughan McAlley a écrit là pour le clavecin une œuvre espiègle, pleine d'humour. Mais ne vous y trompez pas : c'est aussi savant que drôle ! Cela sonne vers le début comme un pastiche savoureux de musique élisabéthaine, c'est-à-dire musique anglaise 1600 environ. Puis nous avons une fugue, c'est-à-dire un peu comme un canon mais en plus élaboré et plus libre à la fois. Etc. C'est très très bien fait. D'ailleurs Vaughan a aussi écrit de la musique ''sérieuse'', pour chœur, orchestre, de la musique de chambre aussi. Son Addams Family Virginall a déjà été enregistré mais c'est sans doute la première fois qu'il est joué en France – Vaughan est Australien.


Plus tard, j'allais découvrir, en rédigeant mon article, que mon correcteur d'orthographe, n'ayant pas encore été présenté ni à Buxtehude ni à Vaughan, me proposait pour l'un ''Béatitude'' et pour l'autre ''Vaurien'' (c'est bien sûr à un gentil et subtil vaurien qu'il faudrait penser), se rangeant ainsi à l'avis de nos deux musiciens.